lundi 4 août 2008

Ana oualad m'tal djezaïr



Il me manque le pays
Comme un arbre déraciné
Depuis longtemps déjà
Je sais que je ne donne plus les mêmes fleurs

Même si j'ai pris depuis longtemps
Mes seules racines dans le Ciel
Celles de la terre me réveillent quelquefois
Au milieu de la nuit
Pour me dire doucement
Que je reste exilé

Ils me manquent tous deux
Son soleil torride 
Et ses hivers blancs
Son Djebel Amour
Et Tihert la Lionne 
Et les portes du désert
Qui ouvraient à mon enfance 
Les rêves de l'avenir

J'ai voyagé longtemps 
Dans les pays de chaleur intense
Et de froidure glacée
Mais mon cœur reste attaché
A ce mirage dans le temps
Que sont devenus mes étés et mes hivers
Lorsque j'étais enfant

J'aimerais retrouver un instant
Les grenadiers en fleurs
Les figuiers de barbarie et les palmiers
La douceur des soirées d'été
Et l'innocente certitude
Que le monde est beau et immuable

Claude Lopez-Ginisty: Biladi
Photo: J.P. Gimenez/ Aflou ( Djebel Amour) 1958


dimanche 3 août 2008

Elfe


Elle ne dit jamais ce que j'entends
La jeune fille évanescente des livres vierges
Et lorsque je reste seul sous mal lampe
Elle me récite les poèmes que je n'écrirai jamais

( Je lui dénonce la solitude au bord de l'âme
Et je libère en son regard changeant
Des roseraies à la floraison invisible)

Elle passe et lorsqu'elle est en allée
Son parfum flotte dans ma chambre
Comme une amie sur une lettre que je ne lis plus

( Je songe à la quiétude froide et morne de la nuit
Tandis que ma main sur le papier
Cet éventail de dix doigts qu'elle serra dans sa main
Tente l'impossible fixation de l'insaisissable)

Nous allions le même espace
Mais notre stellélité diffère

( Je voudrais raconter l'histoire d'un galet
Qui dirait toute une plage et ses vagues)

Claude Lopez-Ginisty: Oraga Haru
Photo: Intérieur Sage ( auteur)

samedi 2 août 2008

Nuit grège

La nuit grège sous l'auvent
Avec tous le poids des morts
Qui dorment sous nos paupières closes

O la douce nostalgie grise 
De tous les souvenirs qui reviennent
Et lancent lancinants sous le crâne
Cette rengaine maussade des aurores passées

Je pourrais encor chanter
Si ma guitare n'était désaccordée

Comme il est difficile
Le regard des êtres chers disparus
Qui nous regardent dans nos rêves

La nuit doucement avance
La vie lentement s'efface
Depuis l'aube fugace
De ma naissance

Claude Lopez-Ginisty: La Maison d'Améthyste
Photo: Nocturne sur les Alpes ( auteur)

vendredi 1 août 2008

Le silence

Dis-lui que je l'aime
Pour l'odeur fraîche et blême
Des petites matins
Sous l'albe soleil de septembre

Dis-lui le rêve à deux regards

Suis-je douve ou donjon

Et cette moire poussière du temps
Que son sourire soudain refleuri
Vient planter dans le paysage
Pour signifier la beauté de l'instant

Dis-lui tout

Le manège des ans
L'ombre des ronces fleuries

Dis-lui tout

Le sortilège marin
D'une vague déferlante

Puis 
Songe le silence
A deux éternités.

Claude Lopez-Ginisty: Oraga Haru ( L'année de ma vie)
Photo: Soleil de Lavande ( auteur)



jeudi 31 juillet 2008

Nuit Bleue



Dans la nuit bleue
lèvres de rose
cœur de muguet
regard de violette
et sourire de lilas
elle passait près de moi

passait près de moi
lèvres de chagrin
cœur de soupir
regard de pleur
et sourire de frimas
elle ne me vit pas

ne me vit pas
lèvres de rose
cœur de muguet
regard de violette
et sourire de lilas
et j'en mourrai

en mourrai
lèvres de chagrin
cœur de soupir
regard de pleur
et sourire de frimas
dans la nuit bleue

Claude Lopez-Ginisty: Oraga Haru
Photo: Nuit bleue sur les Alpes ( auteur)

mercredi 30 juillet 2008

Oraison


Ce que je Te demande
Est du domaine du renoncement
Fais que je me souvienne toujours
De Celui que Tu fus
Crucifié au Silence du monde perdu

Que Tes dernières paroles
Sur la terre des vivants
Ne soient plus les premières
Que je prononce
Pour mettre une barrière 
Entre Dieu et moi

O ineffable jardinier de la Vie
Reçois l'offrande de mon poème
Et ma folie verbale
Comme des balbutiements 
Devant Ta trop grande beauté

Le soir est long
La nuit agonise
Le matin qui point
Achève les pensées éparses
Qui m'enferment dans le temps

Seigneur
Je veux dormir 
Dans le sommeil
Du soleil
Et renaître au jour
Dans la naissance de l'aurore
Dont le sang 
Est de l'or

Claude Lopez-Ginisty: Oraga Haru
Photo: Ermitage du Scex dans la falaise ( auteur)

 

samedi 26 juillet 2008

Solitude

Il n'y a personne ce soir près de moi
Pour assumer le calme doux et nu
De ce temps délesté de sa durée

Tout sommeille
S'est éveillé ailleurs
Dans l'autre dimension
Du regard intérieur

La tasse presque vide
Clame un minuscule étang de thé
Que mes lèvres ont touché
Comme la lune aux nuits claires
Effleure l'herbe
Et la fait frissonner

Mes livres sont alors
 Comme des tombeaux joyeux
Prêts à parler à mes yeux

Dis-moi Toi que j'aime
Quel est ce secret
Qui fait de la nuit une prière douce
Qu'exauce l'Eternité du silence 

Claude Lopez-Ginisty: La cloître du silence
Photo: Nuit chablaisienne ( auteur)